FLOUS ARTISTIQUES

Le spectacle des œuvres d’art nous captive et nous charme généralement parce que ces œuvres inventent pour nous un monde imaginaire ou extraordinaire.

En outre, indépendamment de l’individu qui la perçoit, l’œuvre d’art a en elle-même une valeur cultuelle et une valeur d’exposition ; la première lui vient de son retranchement au regard public, retranchement dans lequel l’œuvre est consacrée réalité ésotérique,outil magique,mystique, religieux ou objet de culte. Ici, la perception esthétique est dénuée de tout sentiment de possession ; car l’œuvre est l’objet d’un renoncement, d’un désintéressement total. Par exemple, le croyant chrétien qui s’incline devant la belle statue de la Vierge, renonce ipso facto à la Vierge comme femme à désirer.

En revanche, lorsqu’une œuvre d’art sombre dans la déchéance d’une publicité à bon marché où elle s’offre au regard public comme motif de décoration et de divertissement, elle acquiert une valeur d’exposition. Un tableau ou une paire de bibelots disposés dans une pièce à titre décoratif a valeur d’exposition en l’absence de tout sujet esthétique.

D’un point de vue heideggerien, il y a plus dans la choséité de l’œuvre d’art. Elle est une chose amenée à la finition qui, dans son être-chose, révèle autre chose que la chose qu’elle est. Est-ce à dire que les nombreux « monuments » bâtis en Côte d’Ivoire, à Abidjan, sous l’ère de la Refondation et qui sont perçus aujourd’hui comme des fétiches et des sortilèges recèlent réellement autre chose que ce qu’ils nous donnent à voir ?

Dans une frénésie « artistique », les refondateurs se sont exercés à être bâtisseurs d’œuvres budgétivoires conçues anarchiquement et quelquefois à rebours du volet culturel.

Je précise d’emblée que je m’insurge contre la vaste opération de démolition à laquelle nous assistons actuellement ; car ces œuvres comme une identité remarquable pouvaient témoigner du sens de la beauté de la « kill team ».

Mais ces destructions n’étaient-elles pas prévisibles, dans la mesure  où ces œuvres ont été elles-mêmes bâties sur les ruines d’autres monuments ?

Ce fut le cas à Cocody, où un édifice rendant hommage aux déportés de l’esclavage fut rasé pour la fondation de la statue de Saint-Jean érigée au rond-point de l’église du même nom. La chronique raconte que des crânes humains furent déterrés en même temps que le Saint.

Toujours dans la commune de Cocody, à Angré, une statue de nymphe a connu le même sort. A yopougon également, une statue dite de la Résistance et qui avait la particularité de créer des embouteillages n’existe plus. On raconte encore qu’une femme enceinte et un albinos furent exhumés avec la statue. Même dans la commune des affaires, au Plateau, les pachydermes faisant face à la Cathédrale Saint-Paul, dans le voisinage du palais de Justice appartiennent désormais au passé tout comme le monument dédié aux martyrs dans la commune d’Adjamé.

Restent les édifices de la commune de Port-Bouet, notamment celui baptisé « Arc de Triomphe » sur le chemin menant à l’Aéroport Houphouët Boigny. Cet Arc est composé de quatre (4) pachydermes qui posent leurs éléphantesques postérieurs sur des tabourets ; les trompes en l’air formant deux arcs.

Ce qui est frappant, au-delà de la concurrence improductive d’œuvres qui se chevauchent quelquefois, c’est la quasi certitude de la population qui voit ou voyait dans ces édifices des lieux de caches de fétiches, de sortilèges et d’ossements humains. Cette idée fixe, Mme Gbagbo l’a payée cash.

Le 11 Avril, lors de sa capture avec le prince consort, nous avons vu une Simone hébétée, sonnée, la tête mi-chauve et des bidasses qui brandissaient des mèches de cheveux comme un trophée de guerre. Sous le scalp dit-on, se cachait un fétiche gros comme mon poing.

Entre des œuvres d’art censées embellir notre paysage et des fétiches qu’on sèmerait à tout vent pour se maintenir au pouvoir, il faut dire qu’il y a des flous artistiquement entretenus qui gagneraient à être élucidés derrière l’écume des événements. Entre sorcellerie et art, que des flous ! Les deux étant du domaine de l’irrationnel, doit-on les mettre dans le même pot-pourri des exaltations incontrôlées et irraisonnées ?

L’héréditairement futur centenaire du pays de la Teranga, le Président Abdoulaye WADE, nous a bien dit que le gigantesque monument qu’il a bâti est une exhortation pour la Renaissance africaine. Autrement dit, au-delà des difficultés économiques, il y a un besoin d’investir dans la culture. L’homme africain n’a pas besoin que de pain.

Espérons que l’après WADE ne donne pas lieu à une rancœur destructrice de la belle famille que constitue le monument de la Renaissance africaine.

Oumou.D

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Posté par SenContinent le mai 12 2011. inséré dans Contributions, Non classé. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

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